Lorinda L’hôtesse du 7e ciel

Bonjour à toutes et tous,

n'ayant pas réussi ce concours.

Je vous laisse le découvrir. AMITIE

REGLEMENT DU CONCOURS  2016, Commune Fontaine française

Article 1 – Conditions de participation
Le concours est gratuit et ouvert à tous.

Article 2 – Les manuscrits
Le sujet est libre.
Les textes seront inédits, n’auront pas fait l’objet d’une publication en revue, recueil collectif, sur internet ou à compte d’auteur, et ne devront pas avoir reçu un 1er prix dans un autre concours.
Une seule nouvelle par candidat est acceptée.
Les manuscrits sur simple recto de feuille (format A4 21 x 29,7) doivent parvenir en 7 exemplaires soigneusement dactylographiés, paginés et simplement agrafés (pas de réglettes, baguettes, spirales…).
Les manuscrits n’excéderont pas 25000 caractères (signes et blancs).
La présentation doit être claire, lisible et aérée.
L’expression doit satisfaire aux règles de la langue française.
Les manuscrits ne seront pas retournés.
Les 7 exemplaires seront sans nom d’auteur, mais porteront chacun, sur la première page, en haut et à droite, le titre de la nouvelle suivi d’un code composé de deux lettres + trois chiffres (exemple : « Titre » AF 128).
L’anonymat le plus strict devra être respecté.
A cet effet, les textes seront accompagnés obligatoirement d’une enveloppe fermée sur laquelle figureront le titre de la nouvelle et les lettres numérotées.
Cette enveloppe contiendra un feuillet indiquant le titre de la nouvelle, le nom, le prénom, l’adresse, le numéro de téléphone de l’auteur et une enveloppe libellée et affranchie au tarif en vigueur pour l’envoi du palmarès (condition indispensable pour recevoir le palmarès).

Le concours est ouvert à partir du 1er janvier 2016
Les manuscrits devront parvenir pour le 30 avril 2016 à :
Mairie de Fontaine-Française
Concours de nouvelles
1, rue du Général Gandyl
21610 Fontaine-Française
Tél : 03 80 75 81 21 – Fax : 03 80 75 86 19

Article 3 – Le jury
Il sera composé de personnes indépendantes attachées à la lecture et à la culture. Il est souverain et ses décisions sont sans appel. Les membres du jury sont exclus de facto du concours.

Article 4 – Les prix : 1er prix : 300€ - 2ème prix : 230€ - 3ème prix : 150€
En fonction de la qualité des textes reçus, des « mentions spéciales » seront attribuées.

Hotesse

L’hôtesse du 7e ciel

 

Dans le grand hall de l’aéroport Charles-de-Gaulle, je gouttais comme un taureau d’arène ayant chargé sur le rouge liquoreux d’un vignoble. Tellement, ma course était forcée et le temps compté pour un départ immédiat. Toujours aussi bousculé dans mes allés et venues, entre Paris et New-York, j’arrivais extrêmement essoufflé à mon embarcadère porte E. Mon taxi venait tout juste de me jeter énervé, après trente minutes de retard liées à un grand bouchon en sortie de la capitale. A cause des caprices d’automne et d’une inopinée pluie huileuse et battante, ce grand bouchon s’était créé de façon hostile avec une rapidité déconcertante.

Enfin, déposant mes valises en vrac pour enregistrement, je passais les contrôles de sécurité. Puis, je remontais secoué dans le tunnel gris en accordéon donnant accès à mon avion. Dans ma course, mon mou costume noir jouait le débraillé. Pendant que ma cravate bleue naviguait tressautante dans la brume de mon effort, avec le motif de ses ancres coulant vers le fond. Juste chanceux, j’apparaissais dans l’entrebâillement de la porte du sas d’entrée. Aussitôt à l’intérieur, un claquement sourd de fermeture et de verrouillage de la porte principale de mon avion s’ensuivit. Comme d’ordinaire, les hôtesses aux politesses d’usages me guidèrent vers ma place réservée en classe Affaires tandis que je me trouvais toujours dans un état déplorable.

Parallèlement à mes courses quotidiennes professionnelles, j’étais toujours célibataire n’ayant pas encore eu le temps de me poser la question : « Où trouver la divine future madame Rivière ? » Du haut de mes trente ans, je profitais de la vie et en fait, je n’avais jamais trop réfléchi à l’amour. Peut-être que j’attendais la vibration, celle qui me ferait oublier toutes mes précédentes escales, celle de mon ultime voyage à l’autre bout du monde. D’autre part, j’adorais mon travail de négoce dans une grande société vinicole et je n’avais presque pas le temps de m’ennuyer. Voilà, à peine attaché, les règles de sécurité avant décollage finalisées dans l’interphone, les roues de l’avion quittèrent le tarmac pour prendre ma direction habituelle, celle de New-York.

Ensuite, arrivé à l’altitude de croisière, une hôtesse me demanda si je souhaitais prendre un rafraîchissement. Bataillant avec mon siège pour chopper les dernières infos télévisées, je levais lentement mes yeux bleus sur la personne qui soudain m’interpella. D’un coup, envouté, je m’étais instantanément figé de bonheur. Sous des traits fins délicieux et d’une chevelure de dentelle brune, un regard fascinant, d’un charme fou, me captivait lors de cet échange obligatoire de convivialité aérienne. Derrière sa desserte aluminium à roulettes, l’hôtesse dénotait par rapport aux autres qui rendait mon habituel vol ringard. Elle était atrocement belle jusqu’à atteindre le 7e ciel.

C’était comme-ci, une magnifique princesse de conte de fée avait pour métier, serveuse en buvette pour passager casse-pied. En effet, je sentais bien que je l’embarrassais avec mon application à essayer de sortir du sujet direct de son travail. Avec sérieux et froideur, elle me fit comprendre que je devais me décider car elle était plus qu’occupée dans sa tâche. Son chariot de service planté dans l’allée, elle rajouta devant mon insistance que voler à plat ventre n’était prévu dans son agenda de voltigeuse. Vexé par sa réaction, avec mon allure encore chiffonnée, je commandais du bout des lèvres une simple eau minérale devant « ce mur » aux réflexions amères.

Evidemment, même encore dans le jeu de la séduction j’étais véritablement déçu. Il est vrai que nous étions en plein vol. J’espérais quoi ? L’entendre me dire stupidement qu’elle m’aimait ? Ou bien : « on saute ! » ? Viscéralement, c’était peut-être une maigre compensation. Mais, il valait mieux que je boive mon eau minérale. Sur l’instant, elle serait sans doute bien meilleure à ma santé que ces pensées qui ne menaient à rien. En y réfléchissant bien, je n’avais jamais été très doué pour faire la cour à une femme. En plus à une aussi jolie femme possédant un tel visage de velours, je crois que c’était pire ! J’étais invariablement très maladroit dans mon franc parlé qui rebutait souvent mes interlocutrices. Pourtant, il était mon atout principal lors de mes négociations commerciales. Une heure plus tard, le voyage étant de nuit, je rappelais l’hôtesse pour lui réclamer un oreiller de confort.

Dans ce nouvel échange, elle paraissait plus douce que notre premier contact, peut-être à cause de la pression du départ. Avec un peu plus de tact, je formulais des excuses pour ma gaucherie. Quand, déjà entiché, je reprenais mon souffle et usant de tout mon pouvoir de séduction je tentais une nouvelle fois ma chance au contact de ces yeux crépusculaires qui papillotaient d’une tendre et belle lueur. Mon Dieu, j’aurais dû m’abstenir ! Elle me jeta un verre d’eau en pleine face et me traitant de mufle.

Je n’avais pas encore découvert les bons mots chaleureux pour pénétrer son cœur gelé. Dans cette carlingue spacieuse, je m’étais lamentablement vautré et rougissait encore de cette gaffe qui m’avait marqué au fer rouge les joues. Pire, je passais auprès des autres passagers pour un satyre ou un pervers. Malhabilement, je ne m’étais jamais autant fait humilier en public et le tout couronné par des rires soutenus de certains voyageurs mâles. Je tentais de m’effacer en m’enfonçant profondément dans mon fauteuil et je n’en bougeais plus, profitant d’un film en cours de diffusion dans la tablette de l’appui-tête en face de moi.

Puis, je profitais de renouer avec mes coutumes d’itinérant en répondant à mes mails sur smart-phone blanc grand format. Je trouvais un moment aussi pour réfléchir à mes prochaines vacances. Je n’étais pas encore décidé sur une destination précise. Malgré tout, j’envisageais de faire du ski dans les Alpes. Dans deux semaines, j’avais le droit à des congés mérités et je voulais en profiter à fond, en faisant du ski alpin. En consultant des pages Internet de site de réservation, je m’arrêtais sur l’espace Killy du Val d’Isère. A la suite de quoi, je retenais, content de mon affaire, un chalet sur ma période de congé.

Ensuite, les heures tournaient entre quelques turbulences ordinaires au niveau des Açores et mes somnolences agitées. Quand, à peine remis de mon rejet houleux, je commençais à nouveau à avoir soif suite à mes efforts éreintants de la course de l’aprème. Plus qu’embêter dans l’impossibilité de me contenir, il fallait que je rappelle l’hôtesse dans ce silence et là, j’allais vraiment finir par passer pour un harceleur. Matériellement, je n’avais pas le choix ma bouteille était vide de chez vide car je venais juste à l’instant d’avaler la dernière gorgée dosée de frousse. Pourtant dignement, je manifestais mon besoin. Tonique, d’un pas sûr, l’hôtesse se déplaça vers moi.

Mais curieusement, elle m’exposa en chuchotant de plates excuses en me détaillant le pourquoi de sa réplique précédente. Sans être très précise, je comprenais qu’elle avait souffert d’une relation compliquée et délicate et qu’elle ne souhaitait pas s’investir dans une nouvelle histoire. Pacifiquement, avec une grande pudeur, je lui exprimais ma compassion pour son épreuve, avec affection. Contrairement à la mauvaise interprétation de mes propos antérieurs, je lui affirmais que je n’étais pas ce type de goujat. Malgré la distance volontaire de sa part, elle m’adressa un sourire exquis mettant en valeur des lèvres divines à croquer dans la pénombre de ce vol nocturne.

Indubitablement, cette brune svelte m’avait mystérieusement touché en plein cœur comme un oiseau de nuit ayant saisi par surprise sa proie dans ses griffes acérées. Ou bien peut-être qu’un ange n’avait pas envie de voler aujourd’hui et qu’il avait laissé ses ailes au placard du paradis ? Mais voilà, elle venait de me dire qu’elle n’avait pas envie d’une nouvelle histoire avec un homme. A l’intérieur de moi, je bouillais de lui dire qu’elle me plaisait énormément. Oh, j’étais sûr qu’elle s’en doutait ! Cependant, j’aurais été en complet désaccord avec mes paroles précédentes et je ne voulais pas passer pour un menteur. Sa main tendue, j’attrapais la dernière bouteille de mon voyage et je rendais un sourire à cette angélique hôtesse qui se tenait à deux pas de moi, je devinais sa peau douce et son corps harmonieux.

Soudain, je formulais une petite requête : «  Excusez-moi, est-ce que je peux savoir au moins votre prénom ? ». Se retournant poliment, elle me répondit : « Moi… ? Je me prénomme Lorinda ! ». Puis la tête dans l’autre sens, elle reprit immédiatement son travail. En entendant ces sonorités, mes pensées s’évadaient dans les nuages passant à côté de moi : «  Quel prénom unique et en plus, elle a été béni des dieux ! Elle est vraiment tombée du ciel. » Alors avec ruse, avec mon téléphone portable, je la prenais en photo sans lui dire, en pleine opération de service. Finalement, l’heure passante, nous approchions de notre destination, l’aéroport de New-York city. Avec un pincement à la poitrine, je devais l’abandonner, sans savoir si j’allais la revoir.

Faisant beaucoup de navettes sur cette ligne dans le cadre de mon travail, je nourrissais toutefois l’espoir de la retrouver sur un futur vol. Au moins, j’avais un souvenir en poche, l’image de sa silhouette façonnée en ombre d’amour. Débarqué dans l’agitation matinale commune de l’aéroport, je retournais aux démarches usuelles de ma vie et de mon travail terrestre. Le plancher n’était plus un rêve. Marchant rapidement, je regagnais la sortie et j’appelais un taxi pour me rendre à mon appartement près de Central Park. Par nécessité, je pourrais enfin prendre une douche parfumée pour me détendre et rétablir mon hygiène corporelle chahutée par cette journée d’hier, longue et mouvementée mais enchantée.

Puis, je descendrais à mon restaurant fétiche italien pour prendre un repas léger, peut-être une pizza exotique accompagné d’un bon verre de vin. Après, je profiterais de ma journée pour me racheter des nouveaux vêtements, un beau complet noir. Ensuite, enfin de journée, je m’aménagerais une bonne nuit de sommeil, dans des draps frais bien bordés. Le lendemain, je passerais la porte de mon bureau dans un nouveau costume, dans un très haut building qui longe le quartier d’affaires de Wall Street. Toutefois, dans ce taxi à damier jaune et noir de New-York, roulant sur cette voie rapide, assis sur cette banquette arrière sale, je contemplais encore en rêve cette échappée d’une autre réalité, cette princesse des hauteurs, Lorinda.

Même en relief, je n’arrivais pas à décrocher de sa photo. A croire même que j’ai devenu un véritable alcoolique. Pourquoi avait-elle provoqué en moi un tel désir d’évasion céleste ? Pas de doute, elle m’avait transportée malgré notre altercation vers un ailleurs indescriptible. Ma mallette en cuir à motifs crocodiles sur mes genoux, bien malgré moi, bien malgré mon désir, je m’éloignais de ce rêve, ma fenêtre légèrement baissée m’apportant un peu de fraîcheur, un rappel. Dans les croisements de véhicules, j’étais chahuté par la dureté de la vie et une certaine forme de nostalgie. Diabolique, mon travail fut le socle de mon réveil abrupt.

Suite à une croissante demande de nouveauté, une grosse évaluation potentielle dans un vignoble argentin m’avait été attribuée pour la semaine de mes vacances. Enervé, je n’avais pas le choix je devais accepter. Plusieurs de mes collègues étaient déjà en déplacement dans le reste du monde dans la même période, avec une forte demande en Chine. Une journée pénible car elle m’avait gâché mon plaisir. De plus, pour couronner le tout, dans une soirée organisée strip-tease, j’avais été dépouillé par un pickpocket, de plus de 300 dollars. Par chance dans mes échanges avec d’autres clients du bar, j’avais trouvé quelqu’un pour me ramener sur les coups des 3 heures du matin. Dans ma chambre peinte couleur chocolat, habillée de pochoirs chinois or, je m’écroulais d’agacement sur mon lit. Ecœuré, je n’avais plus la tête à rien tandis que les courbes de cette femme me hantaient.

Le lendemain, je repartais encore étourdi dans l’autre sens, une semaine pour un contrôle de produits pour la fin d’année. Dans mon vol de retour sur Paris, j’avais eu beau zyeuté les hôtesses présentes. Ma prune noire fâchée, Lorinda, cette rencontre si agréable n’était visiblement pas dans cet avion. Avec recul, je savais que ce n’était pas la même compagnie que j’avais prise à l’aller. Donc, cela paraissait logique ! Mais je n’avais pas pu m’en empêcher d’espérer alors même que j’apprenais cette mauvaise nouvelle sur mes vacances ajournées. Tant, j’espérais miraculeusement voir un bout de soleil fendre le milieu de tous ces nimbostratus et cirrus qui m’avaient aigri pour les prochaines semaines. Dans mes songes, je m’évadais malgré les bavardages coutumiers des autres passagers.

Ainsi, je me focalisais sur le présent pour éviter de me torturer sur mes malheurs. Au débarquement, la bousculade habituelle m’entraînait dans la routine d’une journée agitée. Pour continuer, il pleuvait des cordes. Malgré tout, j’avais fait une pause dans l’un des magasins de souvenirs de la nef principale de l’aérogare. J’avais envie d’une brochure sur des destinations de rêves afin de m’évader, à nouveau. Consultant attentif, je sentis mon cœur singulièrement palpité et palpité. Bizarrement, celui-ci ne cognait pas pour les îles Fidji, ni pour les îles Canaries, avec leur berceau de mer des plus beaux bleus. Non, absolument pas !

De loin, j’avais cru distinguer une élégance familière se détacher, me forçant à lever les yeux de ses paysages paradisiaques. Je la détaillais à travers les voyageurs se croisant. La belle Lorinda était la cause de ce chambardement qui provoquait une véritable ébullition de mes sens. Pourtant, paré de cette chevelure brune, ce corps athlétique n’était pas ma rencontre aérienne. Alors, pendant une semaine, au cours de mes visites à chaque vignoble, je n’avais fait que méditer sur cette déesse astrale. Cette étoile m’était apparue comme un signe de la providence. Elle m’avait percuté. Perdu, entre château à tourelles, vignes abondantes, bons vins classés ou bien pays atypiques, je n’arrivais plus à me concentrer sur mon travail du quotidien.

Cette tornade lumineuse de Lorinda devait être soit une fille d’Aphrodite ou bien d’Iris. Dans tous les cas, je n’avais plus qu’une photo et une pauvre probabilité de la retrouver dans cette meule atmosphérique. Il faudrait un miracle pour que je la revoie à nouveau dans le ciel. Par ailleurs, mon prochain vol professionnel était en direction du pays des lamas, l’Argentine, et pour une durée de deux semaines. Alors, il y avait véritablement peu chance pour que je puisse retomber au creux de ses yeux café, au goût d’un climat sucré. Longtemps à l’avance, l’enregistrement de ma réservation avait été pris par ma société.

En ce sept novembre, j’embarquais léger vers cette nouvelle escale inconnue de l’Amérique du Sud. En regardant de plus près, j’avais le droit à un désagréable parcours à rallonge. En effet, mon vol n’était pas direct. Avant la nuit, il fallait s’arrêter par une étape intermédiaire à Washington. Je pressentais que ce parcours allait être très épuisant ! Pendant l’après-midi, un beau soleil m’avait accompagné le long du trajet qui me conduisait jusqu’à l’aéroport. L’aéroport ne fourmillant pas comme d’ordinaire de monde. Cela dénotait de mes précédents voyages. Dans l’avion, j’eu à nouveau un curieux pressentiment en allant vers ma place assise en cuir blanc. Un bonjour me fut adressé par une hôtesse derrière moi. Une voix unique me coupa dans mon élan à me cogner contre une traverse de siège. Une agréable surprise m’avait torpillé de béatitude.

C’était ma magnifique beauté brune, avec un sourire ciselé qui me témoignait de la reconnaissance. Sa coiffe d’hôtesse à l’air penché sur ses cheveux foncés, ondulés, avec une raie à peine visible du côté droit, un bout de mèche lui coupant un peu la vue du côté gauche lui conférait une présence charismatique des plus Constellées. Debout, comme deux idiots cherchant leurs mots, nous échangions quelques bribes de conversation, accompagnées de questions sur le plan de vol. Enfin, ému par son tendre tempérament qui transparaissait, je prenais place dans mon fauteuil en lui demandant pour finir une bouteille d’eau minérale.

Dans cet ensemble bleu bordés d’or, Lorinda se tortilla en riant. Puis, elle rajouta : «  Avec engueulade ou sans engueulade ! » Alors, me redressant dans sa direction, je répondis amusé par sa plaisanterie piquante : «  Non, sans ! Ça me donne mauvaise mine après, merci. » Une rafale d’émotions me submergea comme une tempête de feu ravageant la forêt séculaire cachée de mon cœur. «  Mon dieu qu’elle était ravissante ! A ce moment, le zéphyr du printemps dansait réjoui sur mon âme. » Un décollage vers l’amour pour un nouvel horizon venait de s’accomplir, ainsi mon avion pointait vers l’espace des grands sentiments.

Tout semblait vouloir se passer à merveille lors de cette traversée d’azur. Pourtant, une complication liée à une tempête nous poussa hors du trajet initial après l’étape de Washington. Passant la Floride, le pilote avait pris, contraint, le chemin du triangle des Bermudes. Les compacts affolés, il ne pensait pas avoir dévié autant de sa route en direction de Porto Rico. L’Océan atlantique était agité sous nos pieds par des fortes bourrasques, elles-mêmes poursuivies par des chaînes d’éclairs hallucinants et dans se marasme, notre avion gigotait comme tonneau dévalant une pente de montagne. Au sein de ce tube métallique, l’atmosphère était devenue subitement pesante à mettre de côté en bloc la complicité de départ avec mon hôtesse.

Quand soudain, la panique se propagea au premier décrochement de l’avion, accompagné par la chute des masques à oxygène. Puis, ce fut un trou noir. A cet instant, je me souvenais seulement d’avoir attraper le bras de Lorinda, passant afférée à proximité. Supposant que notre dernier instant était arrivé, je lui avouais que je l’aimais sincèrement, qu’elle était la seule femme que j’avais aimé avec autant de passion. Avions-nous traversé l’espace et le temps, en suivant un tourbillon du passé ? Dans tous les cas, je me mis à revivre des histoires invraisemblables mais tellement réelles comme un rappel de mes vies antérieures.

Juste avant l’instant d’une mort, aux confins d’un désert brûlant, dans une ville perse, j’étais condamné à être décapité par un bourreau tenant un cimeterre. Amoureux fou, d’une des prétendantes du grand calife local, j’avais été attrapé en train de lui faire la cour dans l’immense jardin exotique du palais, auprès de la plus musicale des fontaines, entrelacés sur un banc taillé de marbre blanc entouré de fleurs odorantes. Dans ses voiles de soie, sous son loup, je reconnaissais sans me méprendre ma sculpturale princesse brune de sang royal, Lorinda. D’un baiser d’Adieu, je lui décochais ma dernière parole d’amour, que je l’aimais de toute mon âme et que je la retrouverais un jour béni, là-haut, avant que glisse le coup final de cette lame éradicatrice sur ma nuque.

Puis, j’étais propulsé dans le conflit de la guerre de session, Nordiste, en bleu couvert de boue. Comme une meute de loups hurlant à la lune, j’entendais les cris des hommes à terre en lambeaux dans une fumée grise irritante à la gorge provenant des poudres de canons et des fusils qui m’entouraient de part et d’autre de leurs haines. A côté de moi, je recevais les premiers secours d’une douce infirmière agenouillée. Elle appuyait désespérément sur ma blessure au ventre, bavant mon sang sur cette prairie piétinée. Pour atténuer ma peine, elle me souriait largement avec ses lèvres à croquer, son sourire montait jusqu’à ses proéminentes pommettes roses. Là encore, c’était elle, Lorinda, avec sourcils brins qui me disait : «  je t’aime mon amour ».  Quand dans un dernier spasme de douleur, une giclée de sang craché de ma bouche, je lui jurais que je ne l’oublierai jamais et qu’un jour nous serions ensemble.

Puis changement de décor, je me retrouvais debout devant un autre homme pour l’amour de cette femme, Lorinda, habillée d’une grande robe à dentelle nacrée argentée. Nous étions prêts à faire feu dans un duel au pistolet. J’avais demandé à laver son honneur que l’on avait souillé. Malheureusement, le tir précis de la balle de mon adversaire m’atteint de plein fouet. Instantanément, sentant sa perforation m’arracher les entrailles sous mon jabot plissé, je m’effondrais dans la boue causée par la pluie matinale, au bord de cet étang, au cri des canards moqueurs. Apeurée, Lorinda se précipita pour me prendre dans ses bras et me serrer très fort avant de me dire qu’il n’y aurait jamais que moi, son époux, dans sans cœur. Dans mes yeux en larmes, je lui demandais de me pardonner de l’aimer autant. Quand dans le dernier choc de cette vie, elle promit que dans la suivante nous serions tous les deux, l’un près de l’autre.

Alors, est-ce que c’était un miracle du divin approuvant les multiples promesses d’amour entre êtres ? Prodigieusement, inexplicablement, d’un vent angélique, nous ne savions pas comment nous étions portés dans ce bateau des garde-côtes mexicains. Pourtant, blottie dans le creux de mes bras, me dévisageant avec ses yeux langoureux au ton noisette, Lorinda me confiait ses rêves, avant notre repêchage incroyable. Elle avait fait les mêmes que les miens ! Alors, je comprenais qui elle était et je lui chuchotais avec passion : « Tu vois mon amour dans cette vie nous resterons enfin ensemble et tu resteras à jamais mon âme sœur… Pour l’éternité…» Pour la première fois, nous aurons la plus belle et la plus longue des vies.

 

FIN

Tous droits réservés et exclusifs à l'auteur Philippe Graindorge AVRIL 2016

 

 

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