La vengeance en héritage

Bonjour à toutes et tous,

Vous êtes dans la partie rédaction Règlement intérieur, droit d'auteur. Je vous propose de continuer des essais de roman, en suivant vos idées pour construire une suite.

"Le thème du médiéval et de la magie ", avec une approche totalement personnelle.

Ce thème n'est pas unique et je rappelle qu'il a pour but d'être incitatif ! Donc, vous pouvez regarder les autres.

Les consignes importantes pour faire une proposition:

- Il faut lire le texte (texte difficile).

- Il faut rédiger l'équivalent d'un chapitre d'un livre soit environ 5000 mots à minima. C'est ce qui est déjà réalisé pour vous.

- Il faut faire attention à l'orthographe, grammaire et éviter les répétitions ( aide sur internet pour les synonymes)

- Orientation pour le second chapître, faites-nous marrer!!!

-Dans tous les cas, vous pouvez le lire simplement, vous faire votre opinion.

Bon courage à ceux qui vont essayer. Votre essai à adresser monespritenlib@gmail.com

 

Création littéraire non académique, Tous droits réserves et exclusifs.

à l'auteur : Philippe Graindorge, DIJON, le 11 août 2015.

La vengeance en héritage

 

                 Juste après la lisière, dans une partie plus ombragé de la forêt de topaze, Primuis, il était accroupi sur l'une des plus hautes cimes. Assurément, sa main droite le calait avec force par rapport au tronc afin de le maintenir en équilibre, dans ses habits en noir corbeau. Curieusement dubitatif, il avait un rictus à l'hémisphère gauche de ses lèvres. Suite à son ascension terminée, ses battements retrouvaient enfin un rythme normal, sous ses yeux orientés par l’attente. Patiemment, il surplombait une bataille qui se déroulait dans la vaste plaine. Celle qui aboutissait sur l'océan des écumes grises. Lui, le paria, le bâtard, Epiot le borgne, l'avait-on baptisé. En ce lieu, la force des choses, le destin, l'avait exclu d'une vie tranquille, en dehors de toute communauté. Au centre de son chemin, des pleureurs et du sang, on le surnommait, par ailleurs, l'assassin ou le voleur.

Quand on vous a tout pris, n'avez-vous plus que cela comme chemin? La vengeance. Comme une plaie éternellement ouverte, béante, il se souvenait de son lourd passé. Très tôt, Epiot avait perdu sa famille, lui, le fils du meilleur forgeron de la région Dostalia. Au fort de la saison estivale, son père, sa mère et sa sœur avaient été massacrés pendant qu'il était parti quérir de l'eau à la rivière, au plus chaud de la journée. Un des plus rustres, au titre de chevalier, en rage d'être tombé de cheval, après la perte d'un de ses fers avait placé son ego bien avant une quelconque bonté. Sans doute le mot de trop ou encore plus probablement, la rancune de ce chevalier, le forgeron était marié à l'une des plus belles femmes de la contrée des Emirandes. Aveuglément, le chevalier avait tiré contre celui-ci son épée et l'avait ensuite embroché comme un bœuf.

Dans la panique, ses mère et sœur entreprirent de le secourir mais la pitié du seigneur Kano s'exprima par la même main levée, avec tranchant de sa lame aiguisée comme un couperet. A son retour, tombant à genoux dans le bain de sang, lâchant ses seaux, Epiot contemplait en larmes l’horreur de la scène. Que penser, quand on a seulement 15 ans et qu’on découvre les cadavres de toute sa famille, étendue, en charpie, découpée comme des animaux de boucherie ? Malheureusement, ce jour là, personne n’avait vu l'événement. Dans la douleur, il les avait enterrés, un par un, avec ses mains ensanglantées par sa triste tâche. Pour leur mémoire, ils les avaient placés derrière la forge, auprès de la pommeraie qu'ils avaient plantée ensemble.

Prostré, il restait figé à proximité des tombes comme une statue astreinte à sa captivité de pierre. La raison du massacre, il ne l'apprendra que bien, bien des années plus tard. Entre temps, il s'était fait d’abord chasser de sa maison par un groupe d’individus, sorti de nulle part. Dans sa lutte, pour conserver le bien familial, Epiot avait perdu son œil gauche par un coup de barre de fer assené au visage. Déboussolé, terrorisé de peur, il avait fui, la paume gauche sur son œil dégoulinant de sang, en s’enfilant dans un sentier de la forêt de Primuis. L'affairement de sa fuite l'avait propulsé après une longue et difficile marche, au sein d'une clairière reculée et isolée, dans les profondeurs de cette forêt. Comme si l’intensité de sa souffrance l'avait guidé jusqu’à cet endroit.  Au centre, comme en attente d’un ermite primitif, une cabane abandonnée se dressait encore difficilement avec la porte éventrée.

À la nuit tombante, sa fatigue aidant, il s'affala dans cet habitat en s'allongeant sur l'épaisse poussière du banc de la table de repas. Dans son sommeil, parmi les images d’horreur de la veille martelant sa tête, une présence dans ses songes l'invitait à se venger, une fée ou une sorcière ? Pour lui, Il n’y avait qu’une conclusion. Dans tous les cas, c’était un être magique. A côté, elle lui avait soufflé qu'elle pourrait lui apporter de grands pouvoirs s’il acceptait le pacte. Au matin, son réveil fut particulièrement singulier. Ce cauchemar était-il une réalité ? Dans tous les cas, sans autres explications, son œil blessé était soigné par un bandeau, lui apportant fraîcheur et apaisement. Puis, un bol de lait et un quignon de pain dans une assiette se trouvaient sur la table à proximité de lui.

Mais, l'étrangeté la plus importante était la présence d’un poignard rutilant, juste sur la droite de ce repas, sorti de nulle part, neuf, acéré avec un étui de cuir de couleur chataîgne. Sous le coup de sa souffrance, encore tenace, il joua un long, un très long moment avec le poignard, avalant par intermittence des morceaux de ce déjeuner de la providence. Il était conscient, qu’il ne pouvait plus retourner chez lui. Parce que, ils étaient trop nombreux ces porcs d’usurpateurs, de brigands. Dans un choix contraint, la main touchant le bandeau, comme un rappel, il se mit néanmoins à réparer cette cabane. Puis, il se mit à chasser en installant des collets. Les jours de marché, il redescendait, très tôt le matin au village pour y vendre ses peaux. Ainsi, il arrivait à subsister malgré ses souvenirs de souffrance, toujours si amère.

Contre fortune, Epiot se doutait que certains des villageois savaient ce qui s’était passé. Mais la lâcheté avait cousu les langues et effacé de leur esprit la fin de la famille du forgeron. A croire que cette famille n’avait jamais existé. Au bout de 5 ans, malgré l’écoute attentive des conversations, il n’obtint qu’une information. Le seigneur Kano se trouvait présent lors de la mort de sa famille. Pour l’instant, il ne pouvait pas déterminer s’il était l’instigateur du méfait. La seule coïncidence, la famille de brigands qui s’était approprié la forge provenait de la ville emblématique de CRISAZ où résidait ce seigneur ! Au cours de ses recherches, il se lia d'amitié avec le temps, avec un bucheron local, Vart. Lors de ses allées et venues au village, il le croisait très régulièrement en forêt. Un jour pour une importante commande de planches, Epiot assista le bucheron embarrassé par le délai très court qui lui était imposé. Vart avait peur de faillir à sa réputation.

Par ailleurs, il y voyait comme une aubaine pour une vie plus facile. En remerciement de son aide, Vart invita Epiot à prendre un repas dans l'abri de sa modeste chaumière. Réticent, Epiot hésita un peu et il finit par accepter la proposition. Aux lumières vacillantes d'un foyer orangé et d'un bougeoir allumé au coin d'un buffet, un accueil modeste lui fut accordé, mais avec respect. Intimidée, la femme du bucheron, Gallia qui lui ouvrit la porte de la chaumière. Elle s'interrogeait sur ce visiteur inattendu, de voir un jeune gaillard, bien bâti, brun avec un œil lardé d'une profonde cicatrice et de l'autre, un œil vif vert émeraude. Pourtant, la plus curieuse et d’un brin naïf qui s'ingéniait à passer la tête derrière sa mère, était la fille unique du bucheron, Viviane.

Entré avec retenue, Epiot fût invité à s'asseoir en face de Vart sur la seule table de la pièce. Dans l’agitation des préparatifs, Viviane en profita pour se glisser à proximité de lui après avoir réalisé le service des plats et après l’avoir dévisagé une multitude de fois d’un regard furtif. Mais, c'était tellement extraordinaire pour Epiot. Pour la toute première fois depuis très longtemps, il se sentait accepté par le biais de ces attentions démonstratives. Symboliquement, Epiot revivait à cette endroit, dans ce ridicule, minuscule, foyer. Il ne payait pas de mine avec les volets aux fenêtres qui pissaient de courants d'air et l’on sentait le vent agité du dehors. D’autre part, peu à peu, Epiot avait presque fini par oublier les règles de vie en famille, le peu qui lui restait, elles étaient imbriquées dans son crâne loin très loin.

Il était plongé dans une vague de nostalgie auprès de ses personnes, cela le touchait et faisait émerger en lui de vieux souvenirs. Incontestablement, une peur le rongeait : ne plus distinguer les visages de ses parents et de sa sœur. Des flashs le traversaient faisant face à des angoisses d’amnésie puissantes. Restant confiant, il finit par se livrer à ceux qui avaient bien voulu l’accueillir. Décomplexé, devenu un moulin à paroles, comme après un besoin étouffé, il déroula le registre de sa vie et de ses malheurs, la mort de ses parents, de sa sœur, le vol de la forge familiale, la perte cuisante de son œil et enfin sa fuite dans les bois de Primuis. Mais il omit le couteau et le pacte. A ce moment de son récit, de façon intrigante, le poignard dans son fourreau, après des années d'inactivité, se mit soudainement à scintiller.

Suite page 2, La vengeance en héritage

Lors de ce déballage macabre et triste, l'ensemble des bavards fut surpris par cette terrible histoire avec un long silence d'égard. Modéré, Vart connaissait la violence mais il ne pouvait pas croire à une telle impunité pour voler le bien d’une personne renommée. Les souvenirs de récits que Vart se remémoraient étaient la disparition des parents d’Epiot à cause d’un sortilège maléfique. Contrairement aux dires d’Epiot, pour beaucoup c'était l'œuvre d'un sorcier, il n’avait pas du tout eu ouïe dire de son histoire et de sa vérité. Avide d'éléments nouveaux, Epiot insista alors pour connaître toutes les histoires de chacun des présents. Qu’avait-il entendu autour des récits de la forge ? Dans le claquement des écuelles en terre cuite, les échanges prirent alors l’allure d'une investigation de justice.

Pendant ce temps, le poignard scintillait avec encore plus d’intensité, perçant presque la couche de cuir dans son fourreau. Soudain Vart lui donna un conseil risqué : «Si tu veux avoir des réponses … Essaye de trouver une personne attachée à la guilde des assassins ! Tu auras peut-être les réponses que tu cherches. » Acquiesçant de la tête, Epiot trouvait que ce conseil était une piste à poursuivre. Enfin, le repas s'étant éternisé, au vu de l'heure tardive, Vart proposa à Epiot de coucher à l'étable pour ne pas qu'il fasse le retour de nuit jusqu'à sa masure. Ayant accepté l’invitation, qui tombait comme une aubaine, il en profita pour continuer à bavarder. Il était reconnaissant de ce témoignage de sympathie. Enfin, après un petit verre de goutte, Epiot fut accompagné dans la chambre improvisée, à l’étable. Un lit d'appoint constitué de paille fut préparé et le maître prit alors congé de son invité.

Sous le coup du souvenir des émotions passées, Epiot écrasait dans son esprit, les dernières paroles échangées avant de s'endormir. Lorsque, un peu plus tard, dans son sommeil, il sentit une présence : «Qui est là ?» «Chuuuut !», lui fit une petite voix de femme. Émergeant de l'ombre et s’invitant sous les rayons de la lune qui perçaient à travers la lucarne en pignon du toit de l’étable, Viviane plongea ses yeux bleus cristallin dans le regard ahuri d’Epiot. Hébété, il était tétanisé d’inexpérience face à cette jeune fille entreprenante, coiffée d’une longue natte soignée couleur noisette. Que lui voulait-elle à cette heure tardive ? «Je suis émue de ta terrible vie et je voudrais que pour une fois dans ta mémoire quelque chose de bien s'y place», les mains tendues sur le torse d'Epiot, Viviane lui ôta sa chemise, faisant apparaitre la force de sa musculature. Joueuse, dans l’enfièvrement, elle lui vola follement un tout premier baiser.

Obéissant à cette belle au caractère volontaire, Epiot se laissa conquérir sans résister. S’en suivirent des câlins bénis, leurs corps s'enlacèrent et s’entrechoquèrent au son de frémissants cris de plaisirs. Sauf que, sans doute encore crédule, Viviane, laissant apparaître ses seins prodigues devant Epiot, ne pensait pas plaire autant à ce jeune homme qui voulait prolonger encore ce partage d'amour. Est-ce que c'était un manque qu'il le foudroyait ou était-ce, le corps albâtre de Viviane, d’une douceur d'une nuit d'été, qui l'incendiait, d’un feu qui couvait depuis tellement longtemps sous la braise ? Et puis, ne l’avait elle pas désiré ? Ou bien, franchement, il en était tombé amoureux, s'en se l'avouer, lors de la conversation du repas ? Alors, en guise de preuve, il ne lui fit pas une, ni deux, ni trois, mais 10 fois l'amour dans cette nuit étoilée et défaite de tout nuage comme si le ciel avait été chassé de toute contrariété. Sous les caresses, les colliers de baisers, les gémissements complices, l'œil d'Epiot pleurait, son seul œil pleurait d’un bonheur comme un gage de vie reconquis.

 Enfin, la chaleur redescendit, le bruit s'estompa, leurs ébats passionnés laissèrent place à la délicatesse, à des touchés du bout des doigts, l'un contre la peau de l'autre, en terminant par de fourmillants petits bisous alternés sur leur visage et sur leurs lèvres. Dans le doux contact de leurs têtes penchées, les yeux dans le vague, distinguant les toiles d'araignées et la poussière sur le plafond de cette étable, ils échangèrent alors leurs envies, leur avenir. Pourtant, ils se connaissaient si peu mais cela avait l'air tellement évident pour eux. Au chant du coq, Viviane s'éclipsa agile pour retourner discrètement dans sa chambre, en enjambant sa fenêtre.

Au bout de deux ans, comme un adopté, les liens entre la famille du bucheron et Epiot étaient devenus très sérieux et dans l'année qui suivit, Epiot et Viviane prononcèrent leurs vœux de mariage au temple de la déesse Amour, Kai lé Laurie. Pour la fête, il y avait peut-être une petite assemblée. Mais les danses, les chants et le repas furent les meilleurs souvenirs que l'on puisse garder d’une telle joie. Par la suite, au cours des années qui suivirent l’union de d’Epiot et de Viviane, il naquit deux enfants, un petit garçon, Clissius et deux ans et demi après, une petite fille, Tola. Finalement, est-ce que le malheur avait définitivement quitté Epiot ? D’autre part, le travail de bucheron avec son beau-père semblait prometteur et il se passait plutôt bien et Viviane auprès de lui semblait idéalement comblée.

Quand, au jour d’une grosse vente de bois, à la ville la plus proche du village, Usgard, après la vente de la cargaison, Vart et Epiot s’installèrent à la taverne Du pied de bouc, le long des ruelles du vieux quartier marchand à quelques lieux des pontons à bateaux. Dans leur bavardage, Epiot surprit derrière lui, la conversation d’un homme au teint gris, vêtu de noir, en train de questionner chaque personne présente, il était à la recherche d’un individu dont la tête était mise à prix pour un vol. Au fur et à mesure des minutes qui s’écoulaient, Epiot devinait, au ton cinglant de son verbiage, qu'il faisait partie d'une guilde de chasseurs de primes du pays. Malgré les années écoulées, Epiot avait encore les paroles de Vart qui résonnaient dans sa mémoire.

Par ailleurs, comme l'appelant, le poignard se mit à luire et presque à chauffer. Exceptionnellement, la main d'Epiot se posa dessus et le brûla au contact du pommeau. Cette étrangeté avait encore déversé son lot d'envies qui pointaient vers la vengeance ! Cependant, Vart et Epiot abandonnèrent derrière eux cette taverne Du pied de bouc et ils reprirent le chemin du retour afin de rejoindre imperturbablement leur foyer. Mais, au cours de la nuit, avec intensité, de cauchemar, en cauchemar quelque chose, quelqu'un insista auprès d'Epiot pour qu’il y retourne. D'un coup il ressentit une blessure à le fendre de souffrance. Il eut pour la première fois un terrible pressentiment d'angoisse pour sa nouvelle famille, le pliant à cette volonté invisible.

Avant de partir il fit une excuse maladroite à Viviane, alarmée par l’attitude singulière que prenait son homme. Epiot repartit à la ville d’Usgard afin d’aborder le chasseur de prime aperçu la veille. Il le dénicha sans mal et il l’interpella à la taverne où il y était resté dormir. Ce chasseur de prime, d’allure ingrate, le regarda avec grossièreté pendant qu’Epiot lui offrait une pinte pour expliquer le motif de sa requête. Comme jouant au chat et à la souris, Karziel n'acceptait pas trop de transmettre des informations sans une bonne récompense. Même en redoublant de sollicitude, Epiot n'obtint aucun commentaire du chapeauté Karziel, grimaçant d’amusement. Crachant sur le sol, il se mit à exploser de rire devant la naïveté d'Epiot.

Toutefois, se grattant du bout des ongles sales le menton, Karziel fit une proposition à ce gaillard gesticulant devant lui : «Si c'est vraiment une question de vie pour toi ! Je t'encourage à nous rejoindre et tu auras accès à ce que tu cherches ? Parce qu'il s'agit de secrets !» Coupant là le dialogue, en trublion blasé, Karziel se levât et quitta la taverne en laissant pourtant derrière lui, sur le coin de leur table striée de ridules, une adresse. Ennuyé, Epiot la saisit et il plaça le morceau de parchemin où elle était inscrite, marquée d'un sceau, dans sa poche.

Tout penaud de sa déconvenue, il reprit le chemin du retour tout en réfléchissant à ce qu'il allait pouvoir dire en arrivant. En effet, dans son périple matinal, pour vingt minuscules minutes de discussion insignifiante, il avait dépensé six heures malgré le bon cheval qu’il avait. Dans sa descente vers la sortie de la ville, par sa porte Ouest, sous l’assise d’un porche, il rencontra un marchand de bijoux. Une idée le traversa, dans la vague de ses émotions, acheter un collier pour Viviane. Sans mot dire, avec soulagement, ce serait l'excuse parfaite. Précautionneux, il s’interdisait de faire du mal à Viviane et il s’interdisait de la laisser dans l’inquiétude. Le cœur tambourinant, il l’aimait trop. Alors, il choisit une des plus jolies chaînes qui serait au goût de sa femme, ornée d’un pendentif orange, sa couleur préférée.

Puis, il fit l’inventaire de sa bourse. De justesse, il eut quand même assez pour s’offrir l’article de son choix et il l’obtint après une âpre négociation avec un marchand, assurément peu conciliant. Soulagé et content, il rebroussait chemin tout en s’imaginant l’émerveillement s’afficher sur l’attachant visage de Viviane. Quand, avec plaisir, il lui nouera le collier autour de son cou sensuel. Pourtant, une vision l’épouvanta au loin dans le paysage. De la hauteur du chemin où il était. Indistinctement, un feu étrange semblait provenir de l’habitation familiale. Apeuré, dans le doute, il força son cheval au galop.

Au début, un petit panache s’élevait dans le ciel. Mais à son arrivée, clairement, c’était un brasier. Le choc fut terrible. La chaumière n’était plus qu’une boule de feu. Dans les rappels convulsifs de ses désolations, il cria de toutes ses forces dans l’espoir que quelqu’un en vie lui réponde. Les quelques secondes qui suivirent lui semblèrent durer une éternité. L’attente était interminablement éprouvante de tiraillements et de questions. Soudain, émergeant de nulle part, Viviane, accablée, sortit d’une cachette improvisée dans la hâte. Elle tomba en sanglots,  dans les bras d’Epiot. «Où sont les enfants ?», interrogea transi de peur, Epiot. Mais, les deux petits jaillirent aussi à leur tour, de cette cachette de fortune, Epiot sentit alors son cœur se desserrer de soulagement afin de reprendre une bouffée d’oxygène.

Suite page 3, La vengeance en héritage

Quand la question supplémentaire tomba : «Et tes parents ?» Levant la tête vers les traits graves d’Epiot, Viviane répondit des perles cristallines ruisselant : «Ils sont dedans ! Dedans ! …Dedaaans !» De colère et d’impuissance, elle s'exprima en donnant des coups saccadés sur la poitrine de son mari comme une réponse pour son absence inutile ce matin là. Pendant que les flammes crépitaient dans son dos, Epiot essayait de suivre, dans un bafouillement, les explications de Viviane. Affairée à la préparation du repas de midi, elle était allée comme à l’ordinaire au potager en sous-bois, avec Clissius et Tola. La terre y étant plus riche, la récolte et la qualité des légumes étaient meilleures. La parcelle s'ouvrait sur un terrain au bord d'un versant à pic lui garantissant, un bon ensoleillement. Retournant à la chaumière, les paniers enfin remplis, Viviane se mit à faire taire les enfants en découvrant une bagarre animée.

Derrière les arbres, gardant le silence, ils apercevaient deux hommes en habit de chevalier demandant un tribut à Vart sur sa dernière vente de bois. De façon catégorique, Vart refusait de se plier à ce marchandage, aux relents de chantage improvisé. Des coups se mirent à pleuvoir quand Gallia, pensant bien faire, s'interposa pour calmer l'échauffourée au plus mauvais des moments. L'un de ces chevaliers, dans l’excitation, avait tiré une dague affilée et il lui planta dans le ventre. Par réflexe, les mains tendues pour maintenir les jets de sang, Vart comprenait que sa femme allait s'éteindre et il hurlait de haine contre les deux individus qui étaient présents. Ceux-ci, dans une décision d'un commun accord, décidèrent d’en finir avec ce bucheron entêté. Vif, l'autre sortit alors rapidement son épée et il transperça Vart sans aucun remord ce qui le tua après une brève agonie.

Médusé devant la courte scène, Viviane avait eu malgré tout la présence d'esprit de mettre une main devant la bouche de ses enfants, tous les deux s’étant blottis de terreur contre elle. Ne savant pas quoi faire, elle continua à contempler désemparée le macabre bucher que ces deux individus allumèrent. Insensibles, ils tirèrent les deux cadavres comme de vulgaires morceaux de bidoche à l'intérieur de la maison. Puis, ils y mirent le feu en projetant plusieurs torches sur le toit et par l'ouverture de la porte principale. Pétrifié, Viviane d'une peur catatonique était restée dans la forêt de longues heures avant qu'enfin débarque Epiot. Après, Epiot connaissait la suite de l’histoire.

Soudain, la foudre transperça de colère son œil émeraude : «Nous ne pouvons pas laisser ce crime passé dans l'oublie ! Pas encore !» «Qu'est-ce que tu comptes faire ?», s'inquiétait Viviane. «Tu verras. J'ai une idée précise. En attendant, je vous conduis à mon ancienne maison. Au moins, je sais que vous y serez à l'abri ! Avant, j'attèle le chariot et on prend tout ce que l'on peut d'utile», s'égosilla Epiot, en tirant le cheval pour le préparer avec le harnais à chariot. L’instinct de survie reprenait le dessus dans la tête d’Epiot. Le chariot chargé, ils se dirigèrent vers le seul endroit où ils seraient en paix. Deux bonnes heures, avant de découvrir, l’ancienne maison d’Epiot mais ils étaient en partie apaisés.

Dans la fatigue et l’énervement, ils déchargèrent hâtivement, ils mangèrent vite fait ce qu’ils avaient et ils s’endormirent dans des lits improvisés. Cette nouvelle nuit fût le théâtre d’une transformation pour Epiot. Un souffle passa sur lui et il se réveilla avec de nouvelles connaissances et de nouvelles capacités. Aux premières lueurs du jour, il se leva d’un trait conquérant. Impassiblement, il aménagea quelques réserves dans sa besace, il remplit sa gourde et il informa Viviane qu’il allait être absent plusieurs jours. «Où vas-tu ?», s’angoissa Viviane à peine remise des événements. Tournant la tête avec une détermination inconnue, Epiot lui dit : «J’ai besoin de voir quelqu’un. À mon retour, tu me décriras méticuleusement les deux hommes qui sont venus hier. Tu as compris !» Viviane déchiffrait dans sa voix qu’elle ne pourrait pas le retenir et elle autorisa le brusque départ d’Epiot.

Malgré tout, il prit le temps de les embrasser avant de s’éloigner vers l’adresse de la guilde écrite sur le fameux parchemin. Son périple dura un jour et demi de cheval avant d’atteindre la ville jumelle d’Usgard, Yamalit. Dans les rues et ruelles, il dut s’engager dans un passage étroit. L’imposte de l’Encre Noire s’ouvrit au toc-toc sur le bois. Dans l’attente d’une réponse, Epiot expliqua sa venue à l’homme derrière la porte et il tendit le parchemin. Celle-ci s’ouvrit laissant pénétrer cet invité en possession de la marque de la guilde. Dans l’enceinte de ces murs, une escouade d’hommes s’entrainaît sur des mannequins. Un des chefs, Willmort, accueillit intrigué, ce borgne à l’œil perçant vert. Direct, il ne tarda pas à lui faire saisir que pour ce qu’il voulait. Il n’avait pas d’autre choix que de rentrer dans leur guilde.

 Par contre, Willmort corrigea les propos d’Epiot. Avec un sourire, il rectifia qu’ils n’étaient pas une guilde de chasseurs de prime mais une des guildes d’assassins professionnels la plus sollicitée en ce moment. Alors, renouant au sérieux, Willmort d’une allure presque noble dans son costume favori gronda d’un ton sec et appuyé : «Tu devras tuer si tu veux faire partie des nôtres, es-tu prêt à ça ?» D’un air décidé, Epiot valida la question par un mouvement de tête : «Je suis prêt maintenant !». Se relevant, Willmort passa la main à son futur « maître assassin » en la personne singulière de Karziel, toujours aussi antipathique.

 Le jeu commença et Epiot savait pertinemment que c’était maintenant sa seule voie pour obtenir une quelconque justice. Les premiers jours, on lui fit voir l’utilité de son costume qui lui avait été remis. Il y avait des poches de rangement improbables pour lames de toutes sortes et autres accessoires d’assassins. Les premiers jours de formation s’étiolaient  très vite mais curieusement, il obtenait des réussites impressionnantes en matière d’adresse et d’art au combat. En particulier avec le poignard qui le suivait depuis tant d’années comme le prolongement de sa pensée vengeresse. Cela faisait une semaine qu’il suivait un entraînement vigoureux.

 Il devait rentrer voir Viviane et les enfants si tout allait bien. Pourtant, jamais satisfait de lui, Karziel ne l’entendait pas cette oreille, selon lui, Epiot avait encore beaucoup de techniques à apprendre avant de faire sa première mission. Mais, Epiot avait changé, un feu neuf bouillait en lui et Karziel était même interloqué par ce charisme brûlant, montant de son élève. Contre son commandement, frustré mais bizarrement intimidé, Karziel relâcha la pression et mit sa décision au rang des oublis. Le vent s’engouffrait sur son chemin, Epiot rejoignit la clairière oubliée de la forêt de Primuis. C’était Clissius, ramassant du bois, qui se réjouit de surprendre son père qui avait une allure incroyable, juché sur son cheval.

Content, Epiot tendit le bras et il accrocha en croupe son fils. Ses femmes, quant à elles, débouchèrent de la masure au son des sabots de cheval  frappant le sol, courant à perdre pied dans les herbes hautes. Reposant par terre Clissuis, Epiot descendit alors de cheval pour serrer Viviane contre son cœur. Dans l’euphorie, ils remontèrent doucement le sillon amoncelé de part et d’autre de fleurs sauvages, vers leur ridicule maison. Malgré tout, tout le temps, Epiot avait été serein car à cet endroit, il sentait que sa famille était parfaitement protégée. C’était même surprenant ! Aucune bête sauvage ne traversait cette clairière comme maintenue irrévocablement à l’extérieur de ce cercle par une barrière immatérielle. Dont le centre principal, caché, serait une curieuse statue, argentée, bleutée, enfouie  et  cachée par un épais tas de lierre.

Elle était indécelable depuis des siècles, cette statue, reliquat d’un autre âge, légendaire et berceau d’une très ancienne communauté d’érudits magiciens. Même, l’œil le plus aguerri n’aurait pu détecter les émanations ondulatoires qui se dégageaient de cette statue. Admirative devant son indescriptible époux recouvert d’un complet étonnant, lui donnant une noblesse ignorée, Viviane s’abandonna dans la fierté. Tola, à son tour voulut une petite place, elle tira le pantalon de son père. Réceptif, il hissa son petit bout, là-haut, tout en haut de ses épaules. Affalée câline, celle-ci agrippa son front grâce à l'aide de ses petites mimines, pour lui servir de couvre-chef improvisé. A la proximité du seuil d'entrée, il reposa Tola sur le sol. Une longue réunion de famille s'en suivit édulcorée pour les enfants, qui ne saisirent pas la nature du véritable engagement d'Epiot.

Suite page 4, La vengeance en héritage

Soulevant les cils en le regardant en train de s'épancher, Viviane distinguait trop bien que le métier qu'il s'apprêtait à exercer n'était pas du tout conventionnel. Sans être dupe, elle savait trop bien qu'il protégeait l'innocence de leurs enfants. Malgré tout, Epiot tiraillé souligna qu'il devrait repartir expressément dans un jour pour plus de deux mois. Déçue, par cette annonce, Viviane s'isola dans la chambre. Immédiatement, Epiot lui emboîta le pas, en quittant un instant les enfants. «Mon amour, tu sais que c'est provisoire ! Mais que veux-tu pour tes parents ?», appuya calmement Epiot. Sans frein, Viviane se plaqua contre lui : «Je sais ! Et on tiendra, ce que tu as décidé est justice ! Mais, on besoin de toi». Ils retournèrent auprès de leurs enfants afin de les coucher et ils s'enfilèrent à leur tour dans les draps froids de leur lit. Dans les souvenirs des premiers tumultes, Viviane vola un baiser à son homme.

 Puis, la maison s'anima de tremblements inédits, Epiot et Viviane, ne cessaient pas de se respirer, de transpirer d’amour, ils se nouèrent ensemble et se lancèrent dans la plus endiablée des danses au battement d’ailes angéliques. Ils atteignirent enfin le nirvana qu'ils n'avaient pas dépassé depuis fort longtemps, clôturé par un râle amoureux. Exténué et contrairement à son habitude, Epiot s'était endormi immédiatement après. Pendant ce temps, juste avant de plonger à son tour, Viviane, de profil dans le lit, du bras gauche, caressait les cheveux bruns crêpés de son robuste gaillard au cœur tendre, d’une zélée lenteur. Ensuite, les mouvements des amants finirent définitivement par s’arrêter dans un silence, en laissant entrer la rêverie par un nouveau songe insolite et ensorcelé.

Dans celui-ci, Epiot était agenouillé au pied d’un cœur central, dans une vaste salle aux colonnes immenses en marbre blanc, nervuré bleuté. Devant lui se dressait debout une femme vêtue d’une robe qui était brodée d’argent. Celle-ci lui conférait une très grande allure. Toutefois, le plus remarquable était sa longue chevelure blonde, parée d’un diadème d’or et de pierreries fines qui lui aliénait manifestement un rôle presque divin. Faisant un pas, cette femme s’avança pourvue d’une épée, la main tendue pour anoblir Epiot. Dans un grand cérémonial, elle lui énonça ses devoirs : « Aujourd’hui et maintenant, je te fais le bras de la justice ancestrale ! Tu en seras son vassal ! Pour mener à bien ta lourde tâche, je vais te faire cadeau de trois dons spéciaux. Le premier, reçois ici le don de la perception ultime, il te donnera le don de double vue, de voir à des distances très éloignées comme si tu étais à côté, d’entendre ce que pensent les autres et de peser le bien et le mal dans une âme.

Le second, reçois ici le don de l’adresse et de l’agilité des seigneurs de guerre par le sang du Dragon rouge écarlate, il te donnera l’impossibilité de rater une cible, de parer et d’esquiver des attaques avec une dextérité étrangère à un simple humain, de gravir des obstacles avec une facilité déconcertante jusqu’à même passer pour être invisible. Enfin, pour le troisième, reçois ici le don le plus précieux, provenant du plus puissant chevalier et amour éternel de la déesse amour Kai lé Laurie, le cœur ardent de Graylus le brave qui confère la force et le courage d’un titan. Vas maintenant et accomplis tes engagements ! » Si Epiot avait arraché les branches autour de la fameuse statue à l’extérieur, il aurait reconnu par la pureté de son visage, la femme de ce rêve. Quelle impression ! Le levé d’Epiot fût indescriptible, le levé le plus insolite de sa vie, une chenille des enfers transformée en un papillon céleste.

À demi-étourdi, le temps que ses sens se soient accoutumés à leurs nouveaux états. Epiot comprit, que le bourdonnement d’oreilles qu’il ressentait, provenait de sa pensée entièrement tournée vers Viviane. A cet instant, comme un marin épris d’une sirène, il savourait le chant captivant de son amour. Toute cette journée, pour le confort de sa famille lors de sa future absence, Epiot partit chasser. Avec une facilité inattendue, il rapporta du gibier à foison. Puis, il coupa et stocka, un large stock de bois. D’une énergie brulante, il eut même le temps d’aller au marché du matin et de revenir avec d’autres vivres pour tenir les prochains mois. Encore dans les brumes, Viviane et les enfants furent surpris en le voyant déjà dehors avec autant de provisions. «Je voulais profiter de cette journée avec vous, mes chéris !», fit-il en déposant son dernier sac. Viviane était estomaquée : «Tu as eu le temps de faire tout ça !». Cette journée fût comme jamais un moment d’une immense complicité. Enjoués, ils prirent même le temps d’aller pique-niquer près de la cascade pour se baigner.

Pour finir par une soirée près d’un feu de camp improvisé où Epiot offrit enfin le collier qu’il avait acheté, à Viviane. Elle si entreprenante d’habitude, affichait dans ces quelques vastes secondes, une émotivité réservée. Soudain, elle sauta dans les bras d’Epiot, à tomber à la renverse : «Je t’aime ! Tu es fou !» Cette seconde nuit fût encore le théâtre d’une affection pleine d’intensité entre les deux époux. L’univers s’était même mis à scintiller, d’une lumière inédite, comme l’aurait fait l’éclairagiste du plus pur des amours. Leurs êtres se plièrent à des formes abracadabrantes, elle le supplia encore, et plus fort, jusqu’à tanguer ensemble  d’étourdissement. Ce qu’ils ne savaient pas ! C’est que cette nuit était, les prémisses d’un nouveau petit être. Le lendemain, quant à lui, fût beaucoup moins joyeux, à cause du départ d’Epiot.

Mais, il devait respecter ses promesses et sa famille le savait pertinemment, avec le grand honneur d’être l’un des siens. Sur sa monture, il avait pris le départ pour revenir à la guilde des assassins et connaissant maintenant la route, il n’eu aucun mal à réaliser son trajet. Se présentant comme convenu, il ne tarda pas à remarquer des ahurissantes facultés lors des ébauches d’échanges et d’entraînement. Une sensation plus qu’hétéroclite le gouvernait. Un jugement très sévère allait être rendu et il ne tarda pas à convenir qu’il devrait prendre des mesures terminales. Son songe lui avait-il délivré en secret d’être la main armée de la  sentence divine ? Dans tous les cas, certaines des personnes présentes ne méritaient en aucun cas d’être encore en vie, tueurs d’enfants, violeurs de femmes, pervers, esclavagistes, sadiques, bourreaux…etc.

Mais le pire, Epiot, qui lisait dans leurs pensées, entendait avec effroi qu’ils en bavaient de plaisir. Aucun n'avait de remords, de légers scrupules. Parce que, pour certains, lorsqu'il y avait des cris, ils s'en abreuvaient dans de la drôlerie, avec concupiscence comme un chat torturant de coup de pattes griffues une souris avant de la dévorer. Une nuit écarlate s'annonçait, le poids des pêchés était trop lourd pour toute pénitence. Invisible, un monstre sous forme de vague avait déferlé, des gens avaient été étranglés ou étouffés avec leur propre habit. Pour ceux qui étaient réveillés, un éclair de vent, un ridicule coup de poignard avait été asséné à l'endroit du corps qui produit l'agonie la plus douloureuse, silencieuse et lente. Le plus impressionnant fut la salle de garde. Les derniers piliers résistèrent peu de temps n'apercevant qu'une ombre avant que tête, bras ou tronc se désolidarisèrent du reste de leur corps. Quand apparaissant dans la lumière, l'œil émeraude luisant de rage, en feu, les deux mains armées de tranchants s’abattirent.

Au fond de ce matin noir, sur cent assassins, deux  étaient encore vivants, Epiot leurs dicta sa question unique : «Je vous laisse un seul choix, être avec moi et me servir. Je vois que vous êtes bon !» Sans réfléchir, ils placèrent un genou au sol : «À tes ordres !», firent-ils d'une seule voix. Mais, comme toujours, quand on tuait des gens, on créait de nouvelles guerres. Sous le coup de ses visions d'horreur, faites par ces assassins, il n'avait pas réfléchi aux familles de certains survivants, de personnes proches, amenant de nouvelles vengeances. La justice était aveugle et la haine amenait systématiquement, à de la haine. Mais, la fange n'avait d'autre destin que d'être éliminée.

Suite page 5, La vengeance en héritage

Malgré le bon choix, Epiot s'assit, baillant. Mue par le cœur de Grailus, il supportait la plus terrible contrainte. Alors, il n'avait pas d'autres choix, peser le pour et le contre avant d'agir et incarner scrupuleusement la justice impartiale. De cette nouvelle ère naquit la guilde de la justice administrée par Epiot le borgne. Cette guilde nouvelle formée fut transférée alors dans un lieu proche de la famille d'Epiot, dans un des quartiers Sud de la ville d'Usgard. Les dernières traces de guilde des assassins de Yamalit s'éteignirent après la rumeur d'une terrible malédiction avec la découverte des morts, la guilde entière qui avait été décimée. Deux semaines plus tard après leur déménagement, deux autres têtes sautèrent. Celles qui avaient décidé de faire payer un bucheron en particulier.

Au retour d'Epiot, soulagée en partie, Viviane put enfin faire le deuil de ses parents, qui venaient d’être vengés. Mais, à ce sujet, il décida de lui dire la totalité de la vérité, ses obligations, ses pouvoirs et son nouveau rôle de chef. Alors, avec finesse, elle saisit les mains d'Epiot : «Quelque soit l'être qui t'a donné ces présents, magicienne, déesse ou autre ! Si tu as été choisi. C'est que tu le mérites. C'est pour cela que je t'aime, j'ai bien vu que tu avais un cœur courageux et brave. Je n'avais pas de doute quand je t'ai retrouvé dans cette étable. Tu n'as peut-être qu'un œil qui brille mais il en disait long sur l'homme que tu étais !» S'approchant plus près, lui portant un long baiser sur le front, Epiot s'exprima avec gravité : « Alors, tu sais que je dois retrouver l'assassin de mes parents et de ma sœur, tu le sais et tu as toujours su que j'irai le quérir !»

Avec raison, Viviane répondit par l'affirmative : «C'est pour cela que j'ai eu tellement peur la première fois que tu es parti. Mais, aujourd'hui, avec ce que tu m'as dit et quand je te regarde. Je n'ai plus aucune peur. C'est plutôt les autres qui vont te craindre ! Alors, vas-y !». «Avant, je prendrais à nouveau du temps, pour toi, pour Clissuis et pour Tola», ajouta affectueusement Epiot. «Et lui, ou elle ?», s'empressa de lancer Viviane en se touchant le ventre. Dans un élan d'allégresse, il la souleva dans les airs et il la fit voler autour de lui : «Vous êtes mes plus précieux bonheurs ! Je t'aime si fort Viviane». Comme une réponse, elle se mit à rougir comme une jouvencelle. Contractuellement, il se passa alors plusieurs mois avant qu'Epiot entama sa quête.

Avant, il mit un recrutement sérieux et stricte pour la guilde de la justice. En second ordre, il nomma ses deux premières recrues comme sous-officiers et formateurs. En son absence, ils assureraient le relais de la continuité et de son organisation. Même avec des dons particuliers, il devait revenir sur un passé de plus de vingt ans. Pendant que les mémoires s'effaçaient inexorablement avec le temps qui passait. Toutefois, il suivit l'idée de se rapprocher de la cour du seigneur Kano.

Dans l'ombre, Epiot étudia chaque conversation, chaque possibilité, mais la personne qu'il cherchait n'était pas là. À la conquête d'autres richesses, d'autres fortunes, le seigneur Kano s'était échappé vers les terres du Sud, les Plizars. N'ayant pas abouti à un petit début d'explication, Epiot continua sa course dans la direction de ce fameux seigneur. Trois mois supplémentaires, avant enfin de l'atteindre, Epiot patienta pourtant encore. Le crépuscule de la nuit serait parfait pour être assez proche de lui et écouter ses pensées. Sans un bruit, comme un simple bruissement de vent, il se plaça à proximité de la toile de la tente principale du camp.

L'ombre noire d'Epiot se faufila dans les personnes sous cette tente et là. Une vision le saisit, des visages qu'il n'avait pas revus depuis beaucoup d'années. Le seigneur Kano était bien le coupable de cette folie. Pourtant, autre chose retint Epiot. Celui-ci, ne rentra pas sous cette demeure provisoire malgré cette vengeance qui l'avait poussé à agir depuis vingt-trois années. Aujourd'hui, il était grimpé à un arbre et il rigolait car il savait. Son don de perception lui avait prédit l'avenir. Dans peu de temps, la vengeance serait accomplie car dans cette bataille sur la plaine. Il connaissait la fin.

Sous la deuxième charge, le seigneur Kano tomberait au choc d'une lance lui transperçant les entrailles. Une mort qui serait puissamment dure et douloureuse, un régal. Calculateur, Epiot comprit que la vengeance arrivait tôt ou tard, d'une main divine ou simplement avec le temps. De plus, il avait d'autres cibles à éliminer comme un sorcier sanguinaire. C'était ça, cela résonnait comme une évidence, il couperait d'abord, les plus grosses têtes ! Mais, il ferait une petite escale avant tout, à la forge de ses parents et reprendre ce qui était à lui de plein droit.

 

FIN

 

Tous droits réserves et exclusifs.

 à l'auteur: Philippe Graindorge, DIJON

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