CONTE de Noël 2015

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Poudre d'ange

 

Au temps jadis, sous le poids des ans, un vieux cheval d'une famille de métayer se traînait chaotiquement dans son pré de pâture, affrontant les prémices des coups de vent de l'hiver qui s’invitaient belliqueux. Avec une laideur terrible, on distinguait affreusement la plupart de ses os. Pourtant, il possédait un courage sûrement héréditaire, sans nom, presque mécanique. Cela devait provenir de son très bon cœur qu'il cachait à travers son cuir épais. C’était pour son acharnement que son maître l'avait conservé depuis si, si longtemps. Malgré tout, Samuel ne pouvait plus entretenir ses deux chevaux et il devait se séparer du plus coûteux, du plus vieux. C’était devenu trop difficile.

 Aujourd'hui, faisant face à de lourdes dettes, il n'avait plus que ce seul choix. Alors un matin, au lieu de le conduire dans son pré habituel, il mena son cheval, Philmal, à la lisière de la vaste prairie de l'Ouest. Celle-ci était baptisée du nom de «Champ des âmes». Dans le folklore celte, on disait que lorsqu'on traversait cette prairie lors d’une forte tempête, si on venait à écouter attentivement…On entendait marmonner les personnes défuntes n’ayant pas trouvé le repos de l’esprit et leur voix déchirante glaçait le sang.

Enfin, après à avoir ôté l’harnais de Philmal, Samuel fit une légère tape sur la croupe gauche de celui-ci pour le chasser et ensuite l'abandonner impitoyablement. D’un vert franc, la prairie s’offrait fertile sur des kilomètres prodiguant ses derniers bienfaits nourriciers. Assez loin, on percevait même le bruit d’un long fleuve qui commençait à devenir enragé sous les pluies drues de la veille. Dans les herbes tendres et fraîches, Philmal pensait profiter d'un traitement particulier pour ses longues années de travail grâce à ce portefeuille de nourriture bien garni.

Mais, après plusieurs heures, désemparé, il comprit dans un dernier broutement que son maître profitant d'un instant d'inattention de sa part, était bel et bien parti. Regardant, à droite, puis à gauche, autour de lui, Philmal ne savait pas où aller, quelle direction prendre ? Alors, se laissant diriger par son instinct, de façon illogique, il prit la direction du Nord vers une forêt séculaire près d'une immense chaîne de montagnes magnifiées par le blanc intense de neiges éternelles. L’accompagnant dans sa course, des bourrasques fourmillantes de perles d'eau commençaient à se former latéralement.

Le vieux cheval continua sa route en marchant au pas, sans s’arrêter, mu par l’instinct de survie. Après plusieurs heures de marche bancale, se donnant beaucoup de peine, Il arriva enfin. La bordure de la forêt lui fournissait enfin un abri de fortune avant qu’il ne s'engage pleinement à l'intérieur de la dense armature enchevêtrée d'arbres. Minuscule, presque insignifiant, un sentier y serpentait comme un pinceau s'amusant sur une toile. Quand, ne pouvant aller plus loin dans son périple, Philmal s'écroula sous le feuillage épais d'un marronnier. Tremblant de fatigue, les articulations douloureuses suite à leur corvée, il finit par s'endormir péniblement.

Le lendemain, tandis que ses paupières montaient de façon intermittente au moment du réveil, le vieux cheval entendit des cris, des pleurs, dans un premier temps de manière infime, puis plus intense. Curieux, intrigué, il se redressa sur ses pattes afin de voir d'où tout cela pouvait provenir. Tout chancelant, quelques minutes après, il distinguait dans un amas de branches, un couffin sans aucune présence autour de lui. Approchant plus près, il dévisageait, en piétinant le sol autour, un petit garçon emmitouflé dans une couverture éculée et souillée. Du bout de son museau, il finit par le bercer doucement.

Animé par un sentiment paternel tout nouveau, Philmal était perdu face à cet enfant car déjà lui-même cherchait un lieu où on l’aimerait. Apeuré, il ne savait pas quoi décider. Dans l'affolement, il investigua parterre pour trouver des indices et retrouver la direction vers ses parents. Mais, la pluie de la nuit avait effacé avec soin le peu d'empreintes sur le sol. Prenant à cœur le sort de cet enfant, il fit un choix. Il happa le haut des anses, serra fort et il l'emmena avec lui dans son voyage. Tandis que, pas après pas, le vieux cheval finissait par se perdre totalement.

Malgré lui, il se trouva fortuitement à lutter contre une grosse tempête de neige épaisse tombé en manteaux. D’aveuglement, celle-ci lui fit prendre sans le savoir la direction tyrannique du grand Nord, du vaste Nord polaire. Tout avait commencé aux abords de la forêt du côté du flan de la chaîne de montagnes. Son cheminement était difficile affrontant l’agressivité des éléments. Il prenait des allures de parcours biblique au mystère divin… Avec sa mâchoire il tenait toujours avec ferveur l'enfant précieux, emmailloté comme provenant de son propre sang. Conscient de la complexité de sa tâche, une courbe passée, il ne pouvait pas poursuivre dans de telles conditions.

Soudain, il aperçut une caverne dans la roche où il rentra aussitôt pour se reposer et se réchauffer, un poil. Avec douceur, affectueusement, il prodigua de la tendresse à cet enfant par des léchouilles, puis tendit un bout de glace du bout de ses lèvres pour qu'il boive. Bizarrement, l’enfant s’accommodait de son transporteur abracadabrantesque, même rieur sous le souffle des naseaux. Étant reposé, Philmal reprit sa route avec courage. Mais où allait-il comme ça ?

Il était mu par une envie étrange, un penchant l'éloignant de la civilisation humaine la plus proche. À ce rythme, l'enfant perdrait très certainement la vie. D’un seul coup, aidé par un vent magique, la traversée jusqu'au pôle Nord se fit en quelque secondes. Le jour de la Saint- Nicolas, l'enfant et le vieux cheval atteignirent, à ce moment, un étrange village étincelant de lumières multicolores et qui était habité par une peuplade insolite. Toutefois, ils étaient moyennement surpris par la visite, voir manifestement au courant et prêts.

Un petit groupe fourmillant de ces autochtones conduisit Philmal à l’écurie pour qu'il soit soigné, au chaud, nourri, à proximité de plusieurs box qui contenaient huit rennes. Pendant ce temps, un autre groupe quant à lui plaçait l'enfant affaibli et affamé, auprès d'une très, très, très, veille dame dans une nurserie de fortune. Ce village féerique était en fait habité pas des elfes et ils appelaient avec servitude, la vielle Dame, Dame Nature. Les années se succédèrent… Le temps passa vite pour transformer cet enfant en un vieux bonhomme replet, rieur aux cheveux ondulés, blancs. Dans le cadre d’une douceur d’hiver éternel, il avait passé avec ces habitants, ces elfes et cette Dame Nature, une enfance hors norme. Au contact de ces êtres fantastiques, il avait été aimé avec la force d'un amour d'une pureté inqualifiable. L'enfant avait été prénommé, Saint-Nicolas, du jour où il était arrivé dans ce lieu si particulier, un lieu hors du temps commun. Espiègle, il s'émerveillait toujours un peu plus de toutes les merveilles que Dame Nature s'amusait à lui montrer avec l'aide de ses elfes malicieux.

Surtout que ceux-ci adoraient par amour pour elle, construire des tonnes de choses animées et captivantes de vie. Un soir, il cessa de vieillir juste avant d’atteindre l’âge de sa possible mort humaine, pour devenir légendaire. A ce moment, il avait tellement reçu d'amour en lui qu'il voulait alors en donner et en partager. Son cœur d'homme débordait d’une générosité et d’une bonté spéciale par cette immense richesse. Mais, avec qui la partager et sous quelle forme ? Cela ne pouvait pas être les hommes car il y en avait beaucoup trop qui avaient cessé de rêver.

Alors, cela ne pouvait être qu’avec des enfants. Réfléchissant encore, il décida qu’il choisirait les enfants qui comme lui avaient été des plus sages. Tous ceux qui avaient conservé une âme innocente. Pour lui, il était devenu le tributaire impérieux de cette mission. Dans le bric à brac de sa salle de jeu, il cherchait, recherchait une idée pour transmettre cet amour mirifique. Comment l'offrir ? Quand, butant dans un camion de pompier rouge, il se pencha, le ramassa et s'égosilla pétillant de joie : « Pourquoi n'y ai-je pas pensé avant, offrir des jouets comme les elfes qui me les ont fabriqués et offerts quand j’étais enfant ! Mais oui, c'est ça ! ». Il s'enchaîna alors une valse d’uniformes vert, les elfes bouillaient et couraient dans tous les sens, sous les ordres Saint-Nicolas.

Déjà, ils mirent à contribution les rennes pour les aider à quérir énormément de bois provenant de la grande forêt de sapins millénaires. Ensuite, un ensemble de grumes se fit tronçonner à la scierie et ranger en paquets de planches, après des heures et des heures de production. Par ailleurs, aux premières planches et bastaings à disposition dans la fabrique, la construction de jouets avait commencé dans une euphorie palpable. Avec émotion, la grande cérémonie d'ouverture fut alors très agréable après ces grands efforts et Saint-Nicolas s'empressa de couper au ciseau la belle banderole d'inauguration.

Alors, avec une joie infinie on créa, poupées de princesse, camions de pompier, nounours en peluche etc. Une myriade de jouets colorée dévala les tapis de fabrication. Vint le moment où les grandes questions fusèrent : « Quel jour livrer ? Comment identifier les enfants concernés ? Et Comment livrer à tous les enfants sages ? » C'était inévitable, Saint Nicolas et Dame Nature réfléchirent et réfléchirent un bien long moment pour trouver l'instant particulier où dans le monde, on avait offert à un enfant spécial des cadeaux. En ce jour, l'enfant né d'un amour si particulier qui transcende la réalité, le fils de Dieu, ce jour de paix était le meilleur choix.

À lui seul cet enfant représentait le cœur, l'esprit d'humilité dépassant le péché originel. Celui qui a donné sa vie pour tous ceux qui veulent croire en un monde dépourvu de tout Mal, l’amour du don de soi. Saint-Nicolas espérait ainsi qu’il serait éternellement le symbole d’amour et de fraternité entre tous les hommes malgré toutes les horreurs ou péchés capitaux qu’ils commettent, la guerre, le viol, le crime, agir avec colère, orgueil, avarice etc. Puis, une liste fut réalisée par les elfes grâce à la création d’une boule de neige unique. Elle avait été enchantée et elle lisait à l'intérieur des âmes. Ainsi, on pouvait savoir le bien que les enfants avaient fait dans une année.

Sauf que, il manquait un détail. Livrer tous ces jouets en une seule journée, le jour de la nativité, le 25 décembre, paraissait impossible il aurait fallu un miracle. Certes, Dame Nature pouvait ralentir le temps mais en aucun cas l'arrêter. Quand, cherchant encore une idée, Saint-Nicolas s'approcha des rennes : « Ils pourraient m'aider en tirant un traîneau ! » Pour le taquiner, l'elfe le plus attaché à Saint-Nicolas, lui lança : « Vous êtes pour eux un père et si vous le faites pour le jour de Noël !  Vous serez même le père de Noël ! ». « C'est une très bonne suggestion !», s'écria Saint-Nicolas, « Pourquoi pas père Noël, les enfants le retiendront  plus facilement ».

Alors, Saint-Nicolas, enfin père Noël, bougonnait dans sa barbe : « Mais toi mon vieux Philmal, mon héroïque ami inconnu, qui par ton courage m’amené ici, que vais-je faire de toi ? », en le serrant avec tendresse dans ses bras. Lorsqu’une chose totalement improbable se produisit, le vieux cheval Philmal se mit d’un seul coup à changer. Fabuleusement, le cœur merveilleux de Philmal transformait son apparence physique, déchirant sa robe existante. Des ailes lui poussèrent sur le dos, suivi d’une corne éblouissante diamantée sur le front et tout son corps devint d’une beauté et d’une blancheur immaculée. Métamorphosé, Philmal était devenu une licorne ailée, à la couleur de poudre d’ange comme de son bon cœur.

À cet instant, le père noël, les larmes aux yeux lui souffla dans le creux de l’oreille : «  Ce sera dorénavant ton nouveau nom, tu seras Poudre d’ange ». Joyeux, d’une force devenue infinie et titanesque, Poudre d’ange se leva de sa position ayant retrouvé son jeune âge à jamais. Puis, il se mit à galoper dans une course angélique autour du traîneau et des rennes. Par sa vitesse, il faisait jaillir une étrange poussière étoilée derrière ses sabots brillants. A force de tourner, il s’envola, mais le traîneau aussi. Éberlué, le père Noël accrocha le marchepied et s’installa en catastrophe dans le traîneau plein de cadeaux en train de s’élever dans les airs.

En fait, c’était la manière qu’avait trouvé Poudre d’ange pour remercier le père Noël du bienfait de son amour, en donnant la capacité de voler à son traîneau et à ses rennes. Aujourd’hui encore, même s’il va trop vite pour qu’on le voit. Il suffit de l’imaginé à la fin du traîneau du père Noël pour apercevoir que virevoltante, fuse, une trainée de poussière blanche étoilée. C’est celle de Poudre d’ange qui suit toujours avec complicité le père Noël dans sa grande distribution de cadeaux. Car, Il court toujours fringant et fougueux à côté du traîneau en faisant sans fin scintiller mille couleurs à travers la nuit. Poudre d’ange nous rappelle à jamais que l’amour ressort toujours, un jour. Lorsque toute une vie, nous n’avons fait qu’être bons car ce n’est pas l’apparence qui fait ce que nous sommes. Mais, ceux sont les actes qui le prouvent !

FIN

 

Conte de Noël rédigé par l'auteur M Graindorge Philippe, le 14 décembre 2015

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