CONTE de Noël 2014

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La petite bougie oubliée      

            Dans l'embrasure d'une fenêtre d'une vieille ciergerie, on apercevait recroquevillée sur elle-même une petite bougie. Elle pleurait, pleurait à chaudes larmes des infimes gouttes de cire sur le planché usé. Elle s’était hissée sur une caisse en bois pour s’assoir. Le Maître Rutier, le responsable de la fabrique, l'avait retirée des dernières expéditions qui sont utilisées pour illuminer les maisons pour le soir de Noël. En effet, Maître Rutier avait affirmé à cette petite bougie que sa mèche était trop minuscule pour éclairer et être vendue avec toutes ses sœurs. D'autre part, farouchement, il voulait garder avec scrupule la bonne image de sa fabrique qui possédait une immense renommée sur tout le vallon. Assurément, elle provenait de son histoire et de la construction soignée assujettie à une ancienne confrérie de moines. Grâce à elle, la ciergerie avait toujours prospéré à travers les siècles.

            Alors, il n'admettait aucune entorse sur la qualité de tous ses produits, avec une distinction toute particulière pour la pureté de sa cire. D'une blancheur d’albâtre, celle-ci était prélevée sur des ruches de montagnes où l'air pur et les fleurs enivraient l'alpage sans concession. Enfin, le travail était terminé et les ouvriers étaient tous repartis dans leur foyer respectif pour cette veille de noël. Dans la pénombre, restée toute seule, la petite bougie, les mains devant ses yeux, se cachait tout en cherchant à trouver une solution à son terrible défaut. Soudain, une idée lui traversa l'esprit et si ailleurs on l'acceptait, qu'on l'acceptait malgré la taille de sa petite mèche. Se relevant, poussée par son rêve, elle tourna la clenche de la porte donnant vers l'extérieur. Les yeux grands ouverts, elle ne savait pas qu'elle direction prendre vers qui ou vers quoi se diriger.

            Pendant ce temps, graduellement, la nuit s'animait étoilée au souffle glacé des flocons de neige qui volaient en tas. Prenant de la distance, attirée par de ridicules loupiotes, la petite bougie choisit le chemin qui descendait vers le village. Il lui paraissait opportun de prendre cette route pour trouver une personne. Une personne qui prendrait le temps de l'écouter sur son malheur. Dans le craquement de ses pas, elle arpentait frigorifiée la longue descente escarpée qui accumulait par endroits de larges congères. Peu à peu, L'agitation d'une tempête approchait par l'avance d'un front nuageux de couleur, poivré noir. Celui-ci s’assortit d'une poussée de bourrasques qui délivraient par intermittence rapprochée des pans entièrs blanchâtres de cumul de neige. Nouée à sa volonté, la petite bougie ne ménageait pas sa peine malgré cette nouvelle contrainte liée à ce vilain temps.

            Toutefois, même si la fatigue était présente, elle frappa enfin à la toute première maison. Elle insista, insista avec de petits « Toc ! Toc… ». Mais rien n'avait l'air de bouger dans cette demeure alors qu'on entendait des sons qui provenaient des murs. Les résidants s'amusaient dans l'euphorie festive et ils ne percevaient pas les ridicules coups, des ridicules petites mains, sur le bas de leur porte. Le résultat ne se fit pas sentir, les portes suivantes restèrent closes à leur tour. L'une après l'autre, malgré l'insistance de la petite bougie, elle n'obtint irrémédiablement aucunes réponses à ses appels. Se trainant difficilement sur une allée, Celle-ci finit par tomber d'épuisement sous le porche d'une grande bâtisse où était inscrit sur le haut d'un écriteau, orphelinat.

            Quand, dans un claquement sec, l'intendant de celui-ci sortit par l'entrée principale. Il allait chercher une dernière fois du bois dans la réserve pour que les enfants puissent passer une douce nuit. Sans faire attention, il frappa contre le corps de la petite bougie. Puis de curiosité, il s'accroupit en se demandant dans quoi il avait buté. Quand, il vit celle-ci. Délicatement, Il la ramassa et il la porta dans la grande salle où un grand sapin illuminait accompagné d'un habillage de décorations, boules, guirlandes bleutées. Dans le sommeil forcé de la petite bougie, il essaya de l'allumer sans obtenir de succès. Bâillant, il finit par l'abandonner à proximité du présentoir à cadeaux et clopin-clopant, il monta se coucher après l'escalade de l'escalier de service. Paisiblement, les heures s'écoulaient avec tendresse dans le crépitement de la cheminée. Tandis qu’au dehors la froidure hivernale battait son plein. Soudain, les pas d'un homme se rapprochèrent sur le parquet de la pièce où la petite bougie était allongée en silence.

            Son agitation réveilla la belle endormie. " Qui es-tu ?", demanda la petite bougie. Dans l'affairement de sa dépose de cadeaux, l'homme argenté répondit : " Je suis le Père Noël ! Pourquoi es-tu ici ? ». Alors, la petite bougie intriguée par ce gentil vieillard lui exposa avec détails le sujet de son souci. Pour la toute première fois, elle avait trouvé une personne qui voulait bien l’écouter. Le Père Noël très ému par la tristesse de son histoire se mit à réfléchir un bon moment pour y trouver une solution. Avec sagesse et bienveillance, le Père Noël lui proposa de lui offrir un cadeau exceptionnel afin de réaliser son vœu d'être la porteuse de lumière. Celui-ci avec la compassion qui le caractérisait relata les clauses de cette offre : "Ce cadeau, tu ne devras jamais t’en séparer ! Car, il représente ce qui donne l'amour aux hommes. Tu devras le porter jusqu'à la fin des temps et l'amener partout où il manque". De liesse, la petite bougie acceptait sans discuter parce que c'était son souhait le plus cher, de scintiller, scintiller, scintiller et quelqu’un l’avait entendue et comprise.

            À cette minute elle réalisa que grâce à sa volonté et ses efforts, elle touchait du bout des doigts son rêve. Alors, le Père habillé de rouge lui dit : « Il faut toujours croire en ses rêves ! ». Puis, il sortit une boule de neige spéciale de son manteau de velours. Il prit la lumière emprisonnée dedans et il la posa à ce moment sur la mèche de la petite bougie qui s'éclaira d'un rayonnement inédit et émit les sons d’un chant d’amour angélique. « Qu’est-ce que c'est que cette lumière, elle est tellement belle et magique !", balbutia alors la petite bougie. " C’est la lumière de l'espoir qui naît du cœur des hommes!", expliqua le Père Noël aux yeux bleus.

            Par une étrangeté sans nom, tous les enfants présents dans cet orphelinat furent adoptés dans l’année qui suivit cet évènement. Chacun d’entre eux devint une personne digne et bonne. A chaque endroit où ils habitaient, à leur tour, ils illuminaient les autres d’une bonté, d’un amour inimaginable. Quant à l’orphelinat, il finit par fermer ses portes au profit d’un hôpital afin de venir en aide aux personnes en souffrance et plus jamais à cet endroit, il n’y eu d’enfants abandonnés.

           Depuis ce jour, à travers le monde, tous les soirs de Noël, nous allumons des petites lumières comme pour matérialiser le passage d'une petite bougie si unique. Elle nous rappelle qu’elle porte une lumière sans pareil  avec une détermination inaltérable et qu’elle veille sur tous les êtres méritants, courageux et bons, quelque soit leur apparence. Par son ardeur, elle leur permet de retrouver leur chemin lorsqu’ils sont perdus ou en détresse. On dit que quand elle passe, une petite lueur qui avait disparu aux tréfonds de notre cœur, brûle alors de milles feux à l’image de cette petite bougie un soir de Noël.

 

Fin

 

Conte de Noël rédigé par l'auteur M Graindorge Philippe, le 20 décembre 2014

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